Le Kremlin sous le couvert de mythes historiques : comment l’autorité russe justifie la guerre en Ukraine et attise une rhétorique anti-occidentale – analyse de l’ISW

Chas Pravdy - 09 mai 2025 06:29

À l’approche du 9 mai, journée tragique et en même temps festive pour l’État russe, la Journée de la Victoire dans la Seconde Guerre mondiale, le Kremlin a intensifié une vaste campagne de propagande utilisant des mythes et des symboles du passé pour façonner ce qu’on appelle « une identité historique unifiée ». Cette démarche stratégique vise à présenter la conduite de la guerre contre l’Ukraine comme un prolongement logique et héroïque du chemin parcouru par l’Union soviétique lors de la Seconde Guerre mondiale, justifiant ainsi l’agression actuelle et créant un contexte informationnel favorable au maintien du moral de la société russe. Selon les données de l’Institut d’étude de la guerre (ISW), les responsables politiques et les médias russes utilisent systématiquement des mythes soviétiques sur la victoire dans la guerre la plus sanglante du XXe siècle, cherchant à transformer cet héritage historique en une idéologie moderne qui légitime l’opération militaire, déjà prolongée et sans précédent dans son ampleur. En particulier, le 8 mai dernier, le ministre de la Défense russe, Sergueï Shoigu, a publié un article affirmant que la guerre de la Russie en Ukraine entrerait dans l’histoire comme un « exploit » évoquant la poursuite des traditions glorieuses des victoires de l’Armée rouge sur l’Allemagne nazie. Shoigu a souligné que les efforts actuels de la Russie ne sont pas simplement une opération militaire, mais une mission historique profonde reposant sur une « résilience héroïque » et des « traditions glorieuses » du peuple soviétique, et que la victoire dans ce conflit est « inévitable ». Ces déclarations constituent une partie importante d’une campagne plus large pour forger une nouvelle paradigme idéologique, dans laquelle les mythes historiques de la Seconde Guerre mondiale deviennent des outils de la guerre informationnelle. L’accent mis sur l’utilisation de symboles soviétiques et de récits historiques est également soutenu activement par les médias d’État russes, ce qui confirme une fois de plus la nature ciblée de cette campagne idéologique. Selon les analystes de l’ISW, le Kremlin investit d’importantes ressources dans la construction d’une nouvelle idéologie d’État qui doit couvrir plusieurs générations de Russes et servir de fondement à la justification de potentiels nouveaux actes d’agression – contre l’Occident, ainsi que contre d’autres adversaires régionaux. Shoigu lui-même répète le discours selon lequel Moscou n’avait pas d’autre choix que de lancer une guerre à grande échelle, car, selon lui, la situation dans le pays était une « question de vie ou de mort ». Cette affirmation illustre une utilisation classique des mythes historiques pour légitimer des décisions politiques contemporaines. La rhétorique de Dmitri Medvedev, ancien président et actuel vice-président du Conseil de sécurité russe, qui a récemment menacé les pays européens en insistant sur le fait qu’ils doivent « se souvenir » de la victoire incontestable sur l’Allemagne nazie lorsqu’ils soutiennent l’Ukraine, est tout aussi significative. Il s’agit là d’un autre élément d’un discours antérieurement anti-occidental à grande échelle, qui tente de convaincre l’opinion nationale et internationale que cette guerre est la continuation d’un combat historique pour la « justice » et la « libération ». Les analystes notent que de tels messages s’inscrivent dans une stratégie plus large – la stratégie de la « contrôle réflexif », visant à réduire le soutien à l’Ukraine en Europe par le biais de récits historiques falsifiés, la démotivation et la déception. Il s’agit d’une campagne délibérée visant à attiser la rhétorique anti-occidentale et anti-westreine qui, selon le Kremlin, doit renforcer l’unité interne et préparer le terrain à de possibles nouvelles offensives militaires. Dans l’ensemble, l’utilisation active des mythes et symboles de l’histoire soviétique dans la politique extérieure et intérieure de la Russie ne se limite pas à de la propagande, mais constitue un outil stratégique pour créer une nouvelle idéologie nationale apte à justifier et à légitimer une potentielle escalade du conflit. Compte tenu de cette tendance, la communauté internationale doit analyser activement et contrer la diffusion de tels récits afin de réduire leur influence sur l’opinion publique, tant en Russie que dans les pays occidentaux.

Source