Le commissaire européen à la défense met en garde : l’Occident risque de commettre cinq erreurs graves dans sa gestion de la guerre de la Russie contre l’Ukraine

Chas Pravdy - 09 mai 2025 12:37

Lors du Forum de sécurité de Kyiv le 8 mai, le commissaire européen à la défense, Andrus Kubilius, a présenté une analyse approfondie et des avertissements concernant les lacunes stratégiques que les pays occidentaux pourraient continuer à éviter dans leur politique envers le conflit russo-ukrainien. S'exprimant devant des experts présents, ce politicien a illustré, à l’aide d’exemples de la Seconde Guerre mondiale, cinq erreurs mondiales qui risquent d’aggraver la situation et de compliquer les perspectives pour l’Ukraine et ses alliés. La première et la plus importante — la moindre aide à l’Ukraine — a souligné Kubilius. Selon lui, l’Union européenne et les États-Unis consacrent chaque année depuis trois ans environ 40 milliards d’euros pour soutenir Kyiv. C’est, indéniablement, une somme importante, mais sa part dans le PIB est insuffisante — moins de 0,1 %. Comparé aux dépenses que les pays allouent à leur défense, ces fonds sont ridiculement faibles. Le commissaire a insisté sur le fait que l’Ukraine, qui lutte pour son indépendance et son intégrité territoriale, protège en même temps la sécurité et les intérêts de l’Occident, car elle freine la propagation de l’agression et empêche l’ennemi russe d’étendre son influence. La deuxième erreur majeure est l’incompréhension ou l’ignorer du distinguo entre l’agresseur et la victime dans cette guerre. Kubilius a souligné que l’« ambiguïté » perçue dans la définition des rôles peut aggraver la crise et réduire le soutien à l’Ukraine. Il ne faut pas considérer Poutine comme un partenaire ou un interlocuteur égal ou potentiel dans un futur conflit, séparément des ambitions et des objectifs du régime russe, qui manifeste aujourd’hui clairement ses intentions agressives. La troisième erreur concerne l’espoir d’une amélioration des relations avec la Russie après une courte période de calme ou une « trêve » dans le conflit. Le commissaire a clairement affirmé que l’OTAN et d’autres structures occidentales perçoivent la Russie comme la plus grande menace pour la sécurité en Europe. La guerre en Ukraine montre que vouloir entrer en « amitié » avec un agresseur qui affiche une désobéissance manifeste et des ambitions impérialistes est une erreur stratégique. En termes plus explicites, il laisse entendre qu’une politique de « bon voisin » pourrait simplement encourager Poutine à de nouveaux actes d’agression et fragiliser la confiance entre alliés. La quatrième erreur est d’ordre historique. Kubilius rappelle que l’histoire offre des leçons précieuses. La reconnaissance de l’occupation de la Crimée en 2014 sans réaction et mesures appropriées a marqué un recul en diplomatie et en sécurité. Il rappelle que la défaite de la Tchécoslovaquie en 1938 a été un déclencheur de l’agression massive de l’Allemagne nazie en Europe. En comparant cet épisode historique à la situation actuelle, il met en garde contre la demande faite à l’Ukraine de céder des parties de son territoire sous la pression de l’agresseur, ce qui constituerait une répétition tragique des erreurs qui avaient coûté la paix en Europe à l’époque. La cinquième, et peut-être la plus sensible, concerne l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Kubilius a souligné que le refus d’une telle démarche pourrait non seulement compromettre l’avenir de l’Ukraine, mais aussi compliquer la sécurité globale. La Russie insiste sur le fait que Kyiv ne doit pas obtenir l’adhésion à cette organisation, non pas par crainte d’une attaque, mais pour éviter la nécessité d’un territoire protégé contre une éventuelle nouvelle offensive russe. Selon l’expert européen en défense, cela constitue un jeu risqué avec le feu. En effet, nier l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN ne ferait qu’accroître le risque d’escalade et compliquer la préparation de l’alliance à toute situation, tout en laissant la voie libre à d’autres provocations. Parallèlement à ces déclarations, le 8 mai, des ministres des Affaires étrangères des pays baltes, de la Pologne, de la République tchèque, de la Moldavie et de l’Ukraine ont publié une colonne commune, analysant les leçons de la Seconde Guerre mondiale et formulant d’importantes mises en garde pour le monde concernant des scénarios de fin de la guerre. Ils ont averti que certains scénarios, extrêmement dangereux, pourraient conduire à une instabilité encore accrue dans la région et dans le monde entier. L’avertissement du Premier ministre britannique, Rishi Sunak, le même jour, revêt également une grande importance. Il a souligné que l’invasion de l’Ukraine par la Russie met en évidence l’actualité totale des leçons de la Seconde Guerre mondiale. Selon lui, l’histoire montre que la lutte pour la liberté et l’indépendance ne s’est pas terminée en 1945, et ces valeurs doivent aujourd’hui être préservées et protégées. Ainsi, le discours de Kubilius et les déclarations conjointes des leaders occidentaux sont un signal en faveur d’une politique plus réfléchie et stratégique. Il est crucial de tirer ces leçons pour éviter les erreurs historiques et prévenir des dommages encore plus importants, tant pour l’Ukraine que pour la sécurité du monde démocratique. Car, comme il est souligné, la guerre n’est pas seulement un combat sur le front, mais aussi un domaine de diplomatie, de mémoire et de responsabilité envers les générations futures.

Source